• Les enfants de Mai
Les enfants de Mai

Les enfants de Mai

1961. Un immeuble parisien cossu, rue du Bac. Un apparte­ment de prestige habité par une famille de grands bourgeois, le s Poiret. Julien Poiret est un célèbre avocat de gauche, grand combattant pour les droits de l'Homme. Il s'est illustré dans quelques grandes affaires pénales qui ont fait sa réputation. 1968. Son fils, Thierry, âgé d'une vingtaine d'années, est un dandy libertin, vedette contestataire au lycée Victor-Duruy. C'est le chef d'une bande formée avec ses amis d'enfance, sa cousine Charlotte, séduisante et cynique, et Alain Lombard, le fils de la gardienne, camarade de classe de Thierry. Les trois complices, ces enfants de mai, vont vivre les événements et voir leurs vies se dessiner sur fond d'histoire contemporaine. Les Enfants de mai est l'évocation palpitante des cinquante dernières années à travers les parcours de trois enfants de 1968 dont les destins sentimental et social vont se croiser et se heurter au coeur d'une famille en crise et en recomposition permanente. C'est aussi la satire de la bourgeoisie française - avec ses vraies révolutions morales et ses fausses révolutions politiques -et de son inaltérable capacité à s'adapter à toutes les situations ! Bernard Lecherbonnier est linguiste et directeur de recherches en études littéraires francophones. Il est agrégé de lettres et docteur es lettres, auteur d'essais et de documents d'actualité. Extrait du livre : «Quelle horreur !» Le cri venait du coeur. La comtesse Du Plan, la main droite convulsivement portée à la gorge, venait d'entendre une nouvelle effroyable à la radio. La voix rauque et traînante de Geneviève Tabouis, la chroniqueuse de Radio Luxembourg, n'avait guère, il est vrai, qu'annoncé des catastrophes depuis la Libération. Mais, en ce début d'année 1961, c'était la bombe atomique elle-même qui venait d'exploser dans le boudoir de Marie-Sophie Poiret, comtesse Du Plan des Tennerolles. La vieille pythie radiophonique continuait de plus belle : «Attendez-vous à voir que ceux qui passaient hier pour des terroristes seront demain appelés par le gouvernement français à négocier avec lui l'indépendance de l'Algérie, qu'ils prendront ainsi rang et place dans l'Histoire. Passe encore que des avocats connus pour leurs sympathies envers les fellaghas, se prêtent à la défense des chefs du FLN. Mais comment interpréter la participation d'un maître du barreau, le bâtonnier Poiret, à des contacts officieux qui sans nul doute deviendront officiels dans les semaines à venir ? Et comment ne pas voir derrière ce mon­tage une coalition de forces hétéroclites ? Attendez-vous à voir demain les gaullistes, les socialistes applaudir les combattants algériens qu'ils ont eux-mêmes fait emprisonner ! Je vous le dis : la contribution du bâtonnier Poiret à ces conciliabules secrets, sous couvert et sous prétexte d'une mission humanitaire, annonce la capitulation de la France dans la guerre d'Algérie.» Tirée de ses occupations ménagères par le cri de la comtesse, la gouvernante des lieux, Géraldine, soixante années de blouse noire et de tablier blanc sur un embonpoint paysan, se présenta à la porte du boudoir de Madame pour s'informer des raisons de cet éclat. D'un grand geste théâtral, Mme Du Plan ordonna : «Pfuit ! Nous faisons les malles. Du ressort et que ça saute !» Voir la suite

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