• Shalom salam maintenant
Shalom salam maintenant

Shalom salam maintenant

Camille et Chaïma se rencontrent dans un hôpital, à Toulouse. L'une est au chevet de sa grand-mère, l'autre vient pour s on grand-oncle qui est en train de mourir. Elles sortent en même temps respirer dans le couloir. Elles s'assoient par terre, elles rient, elles parlent. Elles ne savent pas encore ce qui les lie, elles et leur famille. Une histoire qui a commencé il y a longtemps, dans les années 1940. Ou plutôt quatre histoires, celles de Léah, Oumaïma, David et Yashin. Deux garçons et deux filles qui ne se connaissaient pas. L'un se cache dans un petit village de France, les deux filles se terrent dans une cave à Jérusalem en attendant que ça explose, pendant que le dernier est en route vers un camp de réfugiés, en Cisjordanie. Le destin, la fatalité, on peut ne pas y croire. Mais entre Camille, d'origine juive et Chaïma, palestinienne, il y a plus qu'une simple rencontre. Ce jour de juin, à Toulouse, elles se racontent leur histoire, par-delà leurs différences, par-delà tes haines et les souffrances des leurs. Au travers de destins mêlés, Sholom salam maintenant est la reconstitution sensible de plus d'un demi-siècle de conflit entre les peuples israélien et palestinien. Née au Québec en 1969, Rachel Corenblit a vécu à Jérusalem, Nice, Paris, Marseille et enseigne aujourd'hui à Toulouse. Shalom salam maintenant est son premier roman. Extrait du livre : Jérusalem, vieille ville, quartier arabe, 29 novembre 1947, Oumaïma Accrochés à la radio. Depuis deux heures déjà. Deux heures à attendre. La réception est bonne et la voix de l'homme est claire et forte. Elle s'étale dans le salon, elle envahit la maison, s'incruste dans les chambres blanches de l'étage et dans le jardin où elle pénètre dans la terre. Elle s'écoule avec l'eau de la fontaine, éclabousse les mosaïques du patio et s'étire jusqu'à la cuisine pour se fondre dans la pâte du pain que pétrit Ima. L'homme parle en anglais parce que c'est la langue de la guerre. Ici. Ce qu'il dit, pourtant, c'est comme une chanson. On reconnaît des mots qui reviennent, comme un refrain et ça donne envie de les répéter, sauf que personne ne parle. Et du coup, elle se tait. Elle aurait envie pourtant. Dire «yes», voilà, tout simplement et plonger ses yeux dans ceux de son père qui d'habitude sourit et se renverse la tête en arrière pour qu'elle lui attrape la pointe du menton. «Yes, daddy» et monter sur ses genoux pour lui tirer les poils du nez et qu'il éternue un grand coup en l'envoyant sauter en l'air pour toucher le plafond et redescendre sur terre, dans les bras de papa fort. Papa drôle. Papa roi des papas. Mais personne ne bouge. Accrochés à la radio, crispés, tendus et elle sent bien que c'est une histoire dure, là, qui se raconte, un truc pas facile qui les rend lourds. Toute la famille est présente. Les deux frères du papa et leurs femmes qui sont dans la cuisine où on entend bien, quand même, et le père du papa qui a la main posée sur son front et les yeux fermés. Et le papa qui a un stylo dans la main, et qui écrit en même temps que l'homme de la radio parle. Il fait des traits. Pour compter, elle se dit. Faire des traits, ça sert soit à ne pas s'ennuyer, soit à faire des comptes. Peut-être qu'il dessine tout simplement et que ce que dit l'homme à la radio n'est rien qu'un jeu. Mais c'est le silence et cette voix qui gonfle, porte la maison sur son échine. Voir la suite

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